Amélioration de l'Aviculture Villageoise :

Cas de la Zone Mali-Sud

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Introduction

Depuis les sécheresses des années 70, les animaux à cycle court, en particulier la volaille, ont occupé une place de choix dans la stratégie de développement des productions animales au Mali compte tenu du caractère vulnérable du gros bétail.

 

L'Etat est surtout intervenu dans le passé pour encourager l'aviculture à caractère industriel au détriment de l'aviculture villageoise. Cela s'est concrétisé par la création de centres avicoles modernes et bien équipés. Cet effort n'a pas entièrement été couronné de succès en raison des lacunes dans la gestion et des coûts de production supérieurs à ceux de l'aviculture rurale. La stratégie va désormais consister à encourager davantage l'aviculture rurale notamment dans les zones les mieux placées pour approvisionner les centres urbains (MAEE-Schéma Directeur du Secteur de Développement Rural, 1992).

 

Sur le plan national, l'aviculture villageoise représente à elle seule 90-95 % de l'effectif des poulets tandis que l'aviculture moderne, relevant pour la plupart des fonctionnaires et des opérateurs économiques, ne représente que 2-5 % du cheptel avicole (Kounta, 1992).

Dans les exploitations agricoles mixtes du Mali-Sud, la volaille joue divers rôles très importants:

-véritable capital circulant,

-moyen d'accès à l'équipement agricole chez les petits paysans,

-permet de subvenir à divers besoins socioculturels.

 

Approche Methodologique

Un certain nombre d'étapes sont proposées pour l'amélioration de l'aviculture villageoise. Il s'agit de :

- la couverture sanitaire,

- l'habitat,

- l'alimentation,

- l'introduction de races amélioratrices.

 

Mais un tel programme dans son ensemble, comportant toutes ces techniques d'amélioration de l'aviculture, s'est rarement traduit par des résultats concrets sur le terrain. Alors, l'objectif majeur recherché est l'intégration harmonieuse de toutes les techniques dans les activités du production du paysan. Ainsi, la démarche suivante comportant trois phases a été adoptée :

- Synthèses des résultats obtenus par d'autres structures, une revue de la littérature existante et/ou une étude des techniques traditionnelles,

- Diagnostic rapide auprès des paysans

- Expérimentation.

 

Dans le souci de mieux prendre en considération les préoccupations des paysans et de l'encadrement, les questions de recherche suivantes ont été posées :

- Les propositions d'amélioration faites ailleurs peuvent-elles être des solutions aux contraintes de l'aviculture dans les conditions du Mali-Sud ?

- Jusqu'à quelle étape les paysans considèrent le programme comme étant économiquement rentable ?

- Quelles catégories de paysans adoptent ces techniques et jusqu'à quelle étape?

- Quelles sont les méthodes et les outils de vulgarisation à utiliser pour un programme de grande envergure ?

- Quelles sont les conditions institutionnelles à remplir pour un programme de vulgarisation à grande échelle ?

 

Collecte d'informations

La collecte des informations, basée sur une revue de la littérature existante et des contacts avec d'autres structures, a essentiellement porté sur les différentes techniques d'amélioration de l'aviculture.

 

Principales maladies aviaires rencontrées en zone Mali-Sud et schéma de prophylaxie.

Les maladies aviaires sont en général connues et un programme de prophylaxie existe. Néanmoins, la mise en oeuvre d'un tel programme à l'échelle d'un village pourrait se heurter à une contrainte majeure qui est le coût relativement élevé des interventions des agents vétérinaires par rapport au nombre et à la valeur des sujets vaccinés ou traités à l'occasion d'une visite. C'est pour cette raison que l'approche adoptée par la plupart des services d'encadrement consiste en la formation de Vaccinateurs Volontaires Villageois (VVV).

 

Dans le cas du Projet de Développement des Animaux Villageois (PDAV) au Burkina Faso, la formation des VVVs suivie d'une sensibilisation de la population par la projection de diapos sur les différentes maladies aviaires et les méthodes de traitement de ces maladies, a permis d'enregistrer des résultats assez encourageants (Tableau 1).

 

 

Tableau 1 : Evolution du nombre des interventions sanitaires (Projet Aviculture Villageoise, Burkina Faso), adapte de

IEMVT-CIRAD, 1989.

Année

 

Nombre d ‘interventions (en milliers)

Traitements

1979

1981

1983

1985

1987

Vaccination maladie Newcastle

106

403

986

1099

1882

Anthelminthiques

-

276

217

117

253

Trichomonose-helminthose *

-

250

259

90

186

Insecticides

-

-

305

148

239

Antibiotiques et Vitamines

-

-

223

574

694

 

 

 

 

 

 

- Pas d'interventions

* Chez la pintade

 

Habitats améliorés à base de matériaux locaux

Les habitants traditionnels ont l'inconvénient majeur d'être peu spacieux, moins aérés et pas assez hauts et le nettoyage est un peu difficile.

 

Il existe déjà un type de poulailler amélioré à base de matériaux locaux en vulgarisation par la CMDT1. Le poulailler peut être construit en banco ou en ciment et couvert de paille ou de tôle selon les moyens du paysan et la disponibilité des matériaux.

 

Sources d'aliments complémentaires pouvant être disponibles au village

Traditionnellement la ration que le paysan apporte aux oiseaux en complément de ce qu'ils glanent étant en liberté est essentiellement composée de termites et des grains/son de céréales. Toutefois, la disponibilité de ces aliments en quantités suffisantes n'est pas toujours rassurée. Par ailleurs, le coût et les quantités limitées des ingrédients qui entrent dans la composition des formules alimentaires commerciales (déchets d'abattoir, faine de poisson, minéraux, vitamines, etc.) ainsi que la contrainte d'approvisionnement limitent leur utilisation au niveau villageois.

Il convient alors de trouver d'autres sources d'aliments complémentaires que le paysan peut facilement se procurer sur place. Il s'agit par exemple des gousses de Pois d'Angole mélangées aux feuilles, des feuilles de Leucena séchées déjà utilisées en Thaïlande par les paysans et de l'Azolla connu dans l'alimentation des animaux depuis fort longtemps en Asie.

 

L'Azolla est une petite fougère aquatique caractérisée par une forte teneur en protéines (28 %). Les poules la

Consomment à l'état frais ou sec ; d'après certaines estimations la fougère fournie à raison de 100 à 300 g par jour, pourrait se substituer à environ 20 % des rations alimentaires commerciales (van Hove, 1989). La production de biomasse d'Azolla est relativement facile à mettre en oeuvre par les paysans.

 

 

CMDT1 = Compagnie Malienne de Développement des Textiles est le principal organisme de développement intervenant en zone rali sud

Dans le cadre de la recherche d'autres substituts ou compléments alimentaires, le Pois d'Angole, le Leucena et l'Azolla sont bien indiqués pour l'alimentation de la volaille. Mais il convient d'y trouver des modes de production et d'utilisation plus adaptés aux conditions paysannes en fonction du calendrier agricole, de la disponibilité de l'eau (dans le cas de l'Azolla) et de la main-d'oeuvre.

 

Races améliorées pouvant s'adapter facilement aux conditions locales

Parmi le races exotiques, la Rhode Island Red (RIR) est celle qui s'est le plus acclimatée en Afrique et constitue la race de choix pour améliorer la race locale. La RIR a déjà été introduite dans des basses-cours villageoises par la CMDT et des ONGs dans la zone. Les métis sont beaucoup appréciés par les paysans à cause de leur meilleure performance. Mais ils reconnaissent que ces sujets sont peu résistant set plus sensibles aux contraintes du milieu que la race locale. En plus ces métis ont l'inconvénient de ne pas pouvoir satisfaire certains besoins coutumiers pour lesquels on recherche une couleur caractéristique du plumage.

 

Il existe, semble-t-il des races locales assez performantes que le Programme de Recherche sur la Volaille se propose d'étudier davantage. L'amélioration génétique ne peut être envisagée qu'en dernier lieu, lorsque toutes les conditions d'élevage ont été améliorées : contrôle des pertes accidentelles, protection sanitaire, amélioration de l'alimentation, etc...

Planification de la production avicole

Pour une bonne conduite/gestion de l'élevage, la planification de la production s'avère nécessaire. L'une des stratégies à adopter pour ce faire consisterait à séparer les poussins de la poule. Ceux-ci, logés à part dans des cages doivent recevoir une bonne alimentation et on veillera aussi à la vaccination et au déparasitage. La poule qui est ensuite mise à la disposition du coq peut commencer la ponte deux semaines après l'éclosion. Dans un poulailler, pour bien assurer la ponte, le ratio coq/poule retenu est de 1 sur 8 à 12 et les coqs supplémentaires doivent être éliminés.

 

Données sur la production avicole dans les conditions réelles

L'évaluation des paramètres techniques et socio-économiques est un préalable à tout programme d'amélioration des productions animales. Toutefois, les données sur la production avicole dans les conditions réelles sont rares et souvent contradictoires. Dans le tableau 2 sont indiqués quelques paramètres de production à partir de quatre sources bibliographiques. Il s'agit de données recueillies sur la race locale sur la base d'enquêtes ou de suivis.

 

Tableau 2. Données sur la production avicole selon 4 sources bibliographiques.

 

Paramètres

Sources

1

2

3

4

Age entrée en ponte

8 mois

5,5 mois

-

-

Nbre œufs produits par an

60

-

40-50

-

Nbre couvaisons par an

4-5

-

3

-

Intervalle entre ponte

2-3

3 mois

-

-

Durée de couvaison

19-21 jours

-

-

21 jours

Carrière reproduction

-

3,5 ans

-

-

Taux d'éclosion

64 %

-

60 %

-

Poids poussin à la naissance

34 g

-

15-20 g

-

Poids à 6 mois

-

-

1 kg

-

Poids coq adulte

-

-

1,5 kg

-

Poids poule-pintade

-

-

1 kg

-

 

Tableau 3. Raisons d'exploitation de la volaille au Burkina Faso et au Sud-Est Niger

Raisons d'exploitation

 

Burkina Faso

Sud-Est Niger

Commercialisation

40 p. 100

24 p. 100

Autoconsommation

25 p. 100

60 p. 100

Sacrifices

10 p. 100

-

Dons

20 p. 100

10 p. 100

 

Source : adapté de IEMVT-CIRAD, 1989.

 

 

Diagnostic rapide auprès des paysans

Lors de ce diagnostic les aspects suivants seront abordés :

 

- les objectifs paysans de l'aviculture,

- les périodes de vente et/ou d'utilisation plus importante de la volaille,

- les principales contraintes de l'aviculture et les solutions paysannes pour lever ces contraintes,

- discussions sur les solutions paysannes,

- les périodes de l'année où la volaille a le plus des problèmes (santé, alimentation, etc.).

 

Parallèlement à ce diagnostic, une enquête socio-économique légère pourrait être menée afin de déterminer le rôle socio-économique de la volaille, les différents propriétaires de volaille au sein de l'exploitation avec une attention aux aspects genre.

 

Expérimentation

L'expérimentation se fera en suivant les étapes d'amélioration de l'aviculture et après le diagnostic rapide.

 

- couverture sanitaire,

- habitat amélioré,

- alimentation complémentaire,

- introduction de races amélioratrices.

 

L'objectif principal de cette expérimentation est de tester la faisabilité technico-économique d'un ensemble de techniques d'amélioration de 'aviculture villageoise. Ces différentes techniques devront faire l'objet d'une évaluation ex-anté. Certains aspects spécifiques à étudier pourraient ressortir lors du diagnostic rapide.

 

 

 

 

References Citees

Diabaté, B. 1987. Etude sur l'aviculture villageoise : cas de villages de Djinigorola et Yaban. Mémoire de fin d'études, IPR.

Iemvt - Cirad, (1989). Développement de l'aviculture traditionnelle en Afrique Tropicale. Fiches techniques d'élevage. Fiche N ° 2.

Kounta, A.O.S. (1992). Note technique sur le développement de l'aviculture au Mali. Tropicultura, Vol. 10, N ° 3.

Maee-Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et de l'Environnement, 1992. Schéma Directeur du Secteur du Développement Rural.

Sanogo, IF (1987). Aviculture fermière à Sakoro, Pratiques - Problèmes - Améliorations possibles.

Van Hove, C (1989). Azolla, ses emplois multiples, son intérêt en Afrique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Konimba Bengaly

Institut d'economie rurale Ministere du developpement rural et de l'eau République du Mali

 

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