Rapport Spécial sur la situation de l'invasion acridienne en Afrique au Sud du SAHARA

A la date du 23 août 2004

 

L'invasion acridienne qui sévit actuellement dans le Sahel est la plus grave depuis celle de 1987-1989. En effet, depuis juillet-août 2003, les conditions écologiques se sont révélées favorables à la reproduction des criquets notamment grâce à la régularité des pluies dans le Sahel.

 

Dès Octobre 2003, une augmentation des effectifs et un regroupement des criquets pèlerins sous forme d'essaim en Mauritanie, au Mali et au Niger avaient été portés à l'attention des institutions spécialisées, des gouvernements des pays concernés et de la communauté internationale.

 

C'est dans la période qui a suivi l'alerte d'Octobre 2003 que les criquets, regroupés en essaim, se sont dirigés vers le Maghreb où les conditions étaient propices à une deuxième période de reproduction de décembre 2003 à mars 2004. Bien que des traitements aient été effectués au Maghreb, les criquets qui ont survécu à ces opérations d'éradication ont rejoint le Sud du Sahara à partir de juin 2004 avant de se propager dans la quasi totalité des Etats du Sahel.

 

‘' Cette invasion, selon M. Ousseynou Diop de la Direction de la Protection des Végétaux du Sénégal, est différente de la dernière qui a eu lieu entre 1987 et 1989 dans la mesure où celle-ci intervient à la période des semailles alors que la précédente avait eu lieu au moment des récoltes.'' Il a ajouté que ‘'pour le moment le niveau de la crise actuelle n'a pas encore atteint celui de la précédente invasion acridienne mais que l'on tend vers une situation similaire, voire même pire, si la communauté internationale ne réagit pas par rapport au manque criard de moyen et matériel de lutte antiacridienne'' .

 

Organisation de campagnes de lutte anti acridienne

Suite aux orientations fixées par la conférence d'Alger - 27 juillet dernier – au cours de laquelle les hommes politiques, les chercheurs, et les responsables de la lutte anti-acridienne se sont réunis au Centre des Conférences pour faire le point de la situation et définir les scénarios possibles et les plans de lutte à mettre en œuvre, des actions politiques et opérationnelles sont en cours pour juguler ce fléau.

 

A ce jour, un vaste mouvement de solidarité est en cours et les instances techniques nationales, sous-régionales et internationales appuyées par les communautés à la base travaillent activement dans les zones touchées et des opérations de traitement sont actuellement en cours dans tous les pays de la sous région infestés mais, force est de reconnaître que les moyens disponibles (humaines et matérielles) sont en deçà des besoins requis pour lutter efficacement et durablement contre ce fléau.

 

Financement insuffisant

Depuis février 2004, la FAO a lancé trois appels de fonds successifs en vue d'éviter la généralisation de l'invasion acridienne. Le premier appel de fonds de Février 2004 portait sur environ 9 millions de dollars, le second en Avril sur 17 millions de dollars et, suite à la rencontre d'Alger, un troisième appel de soit 58 millions de dollars (scénario le plus probable) ou 83 millions de dollar (scénario catastrophique).

La réalité semble aujourd'hui dépasser la fiction suite à la déclaration radiophonique récente de Monsieur Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, qui annonce que 100 millions de dollars $ sont maintenant nécessaires pour venir à bout de cette invasion acridienne. Il a insisté également sur le fait que la timide réaction des bailleurs de fonds amplifie la propagation de l'invasion et a rappelé que ce stade de crise aurait pu être évité si la communauté internationale avait réagi aux premiers appels qui ont été lancés.

 

Selon M. Clive Elliot, qui est un des principaux responsables pour le suivi de la situation acridienne au siège de la FAO à Rome, à l'heure actuelle la présence des criquets en Afrique de l'Ouest a été constatée officiellement en Mauritanie, au Sénégal, au Mali, au Niger, au Tchad, au Cap Vert et au Burkina Faso. A noter que le Bureau de OCLALAV (Organisation Commune de lutte anti acridienne et de lutte anti aviaire) basé à Dakar a également confirmé la présence d'essaims de criquets en Gambie.

Carte de la Situation des criquets

Essaims de printemps

Essaims récemment arrives de Nord Ouest de l'Afrique

Bandes larvaires

Adultes et groupes

Les essaims (en vert) continuent d'arriver en Afrique de l'Ouest et de pondre des oeufs qui éclorent après 10 jours créant des bandes larvaires (en jaune) dans les zones de pâturage et de récolte.

 

 

 

Source : FAO Carte sur la situation des criquets au 5 août 2004

 

Au cours de cet entretien téléphonique avec le Bureau Régional d'OCHA à Dakar, M. Elliot, a indiqué que le montant des contributions reçues à ce jour s'élève à environ 16 millions de dollars et qu'environ 14 millions de dollars supplémentaires sont attendus dans un futur proche. L'écart entre le niveau de financement requis et celui disponible est considérable, des efforts méritent d'être faits dans ce sens pour éviter d'atteindre le seuil de l'invasion acridienne de 1987-1989 qui avait coûté à la communauté internationale plus de 300 millions de dollars américains.

 

Conclusion

Cette invasion acridienne risque d'avoir des conséquences néfastes sur la sécurité alimentaire des populations du Sahel faisant prédire à certains experts la menace d'une famine. Dans la plupart des pays touchés – à l'instar du Sénégal et du Niger, 80% de la population active est constituée d'agriculteurs dont l'essentiel des revenus proviennent des activités de la terre.

 

Cette situation risque de poser des problèmes de survie aux populations agricoles qui auront des effets directs sur les populations urbaines, l'exode rural, les performances macro-économique et à terme, une fragilisation sociale qui pourrait augurer une instabilité politique.

 

L'invasion anti-acridienne étant par essence une menace sous-régionale contre la sécurité humaine, seule des réponses coordonnées sous-régionales peuvent efficacement mettre en synergie toutes les ressources disponibles pour juguler cette crise. A cet effet, OCHA, la FAO et les autres acteurs sous-régionaux basés à Dakar ont formulé lors de l'atelier sous-régional sur les plans de contingence (Dakar le 5 Août) une série de recommandations pour renforcer la coordination de la lutte, améliorer la circulation d'information et appuyer la FAO dans son effort de mobilisation des ressources. Lors de la prochaine réunion mensuelle de coordination humanitaire du groupe inter agence du 24 Août qui se tiendra à Dakar, OCHA soumettra à l'approbation des membres (UN, ONG et bailleurs) une proposition de constitution d'un groupe de travail spécial pour le plaidoyer sur la crise acridienne.