Contexte de l’Education des Filles

Comme de nombreux pays en Afrique, le Mali met en œuvre un programme de développement de l’éducation. Ce programme, intitulé “Programme Décennal de l’Education” (PRODEC), adopté en 1998 pour la période 2000 à 2010, fixe les objectifs et stratégies à mettre en œuvre pour atteindre, entre autre, un taux brut de scolarisation de 75% au niveau du premier cycle de l’enseignement fondamental en 2008 et de 95% en 2015 pour une éducation primaire universelle. Le système éducatif malien comporte un enseignement fondamental en deux cycles, le premier cycle dure six (6) ans et concerne les enfants de 7 à 12 ans, le deuxième cycle suit le premier et dure trois (3) ans. Vient ensuite le secondaire (4 ans d’études) et puis le supérieur.

Les taux bruts de scolarisation1 donnés par la Cellule de Planification et de Statistique (CPS) du Ministère de l’éducation sont de 42,27% pour les filles et de 59,2% pour les garçons au premier cycle de l’enseignement fondamental, en 1998/1999, sans compter les medersas (écoles religieuses). Les taux sont plus favorables si on y ajoute les medersas et atteignent alors respectivement 46% et 65%.  En 1999/2000, les taux bruts de scolarisation ont atteint 50% pour les filles et 72% pour les garçons.

Au niveau du second cycle de l’enseignement fondamental (EF), les taux sont nettement plus faibles ; en 1999/2000, ces taux ne dépassent guère 15% pour les filles dans les régions autres que Bamako qui par contre atteint 83%. Quant aux garçons, le taux de scolarisation en second cycle varie dans les régions entre 10 et 35%  et atteint 77% à Bamako. 

Dans le cadre de la mise en œuvre du PRODEC, le Ministère de l’Éducation a développé, en collaboration avec l’UNESCO, un modèle de simulation pour répondre aux besoins et planifier les stratégies du système éducatif. Compte tenu de la complexité du modèle alors développé et des difficultés d’utilisation, le Ministère, en collaboration avec la BANQUE MONDIALE, a entrepris de simplifier le modèle afin de le rendre plus commode et facile à appliquer. Cette mission s’insère dans le cadre d’une formation du personnel d’encadrement à “l’intégration des outils et des stratégies du genre dans le curriculum2.” Elle devrait permettre l’utilisation de ce modèle de simulation pour identifier les stratégies possibles afin d’atteindre les objectifs de l’éducation primaire universelle en général et augmenter le taux de scolarisation des filles en particulier.

1 TBS :Taux brut de scolarisation = Population scolarisée/Population scolarisable (7-12ans)

2 L’intégration du genre dans le développement du curriculum du niveau I de l’enseignement fondamental dans la république du Mali (phase I) » WIDTECH, MARPHATIA, A.

L’ÉDUCATION DES FILLES D’ICI 2015


Projections

Graphe 4: Taux brut de scolarisation au premier cycle (+ medersas)

 

Pour atteindre les objectifs de l’éducation pour tous ou l’éducation primaire universelle fixé à 95%, il faudrait que le rythme de progression soit maintenu. Ceci impliquerait une augmentation encore plus grande de l’accroissement du budget alloué à l’éducation, et à celle des filles, qui progresse moins que l’éducation des garçons. En d’autres termes, si le budget a doublé en dix ans, il faudrait qu’il double encore dans les dix ans à venir. La part actuelle du budget national est de 30% et nous savons qu’il est difficile de dépasser un seuil en matière de part du budget national. Il est quasi impossible de maintenir ce rythme de croissance des investissements. Nous savons déjà qu’il est nécessaire d’allouer plus de ressources pour maintenir le taux de scolarisation constant, eu égard à l’accroissement démographique. Où trouver ces ressources afin que, plus d’enfants, de plus en plus d’enfants, tous les enfants aient la possibilité d’aller à l’école et d’y accomplir tout le premier cycle?

Et si tous les enfants avaient accès à l’école, tous les parents auraient-ils envie d’envoyer leurs enfants à l’école ? En effet la demande d’éducation est aussi un facteur à prendre en considération parmi les éléments influents sur les indicateurs du système éducatif.

Graphe 5: Taux net de scoloarisation

 

Les facteurs principaux qui déterminent les taux d’accès et de performance du système éducatif sont :

.                      ▪           Les différents programmes de développement et de gestion du système éducatif et les ressources financières pour cette gestion et ce renforcement, en bref la qualité du système;

.                      ▪           La croissance démographique, et la demande d’éducation des communautés.

Une étude plus approfondie du poids des us et coutumes et du coût de l’éducation au Mali nous permettraient de procéder plus facilement à des simulations pour l’avenir en nous basant sur l’évolution des années passées. Nous pouvons néanmoins avancer les  implications et conséquences suivantes au niveau du système en supposant que les ressources ne diminueront pas: 

Si les niveaux de ressources restent les mêmes que ces quatre dernières années:

.                      ▪           Si le rendement du système reste le même, le taux de scolarisation des filles va diminuer

�.▪       Si le rendement du système s’améliore, le taux de scolarisation va rester constant ou au mieux augmenter légèrement

�.Si les niveaux de ressources augmentent en rapport avec l’accroissement démographique:

.                      ▪           Si le rendement du système reste le même, le taux de scolarisation va rester constant 

�.▪       Si le rendement du système s’améliore, le taux de scolarisation va augmenter

�.Si les niveaux de ressources augmentent dans les mêmes proportions qu’au cours de ces quatre dernières années:

.                      ▪           Si le rendement du système reste le même, le taux de scolarisation va augmenter sans pour autant atteindre les 95% de TBS, car un mauvais rendement fini par induire les effets contraires à ceux recherchés. En effet, les échecs répétés découragent les élèves et les parents qui ne trouvent plus aucun intérêt respectivement à être à l’école ou à envoyer leurs enfants à l’école.

.                      ▪           Si le rendement du système s’améliore, le taux de scolarisation va augmenter et atteindre les (100-x)%, x% étant le pourcentage de la population scolarisable qui n’ira pas à l’école, compte tenu du besoin encore hélas indispensable d’employer les enfants comme main d’œuvre ou de la tradition qui les retiendra nécessairement en dehors de l’école. Sachant que ce nombre x est plus élevé chez les filles que chez les garçons, il est évident qu’en 2015 les garçons auraient atteint les 95% si x était inférieur ou égal à 5%, tandis que les filles en seront loin. Les filles ayant un coût d’opportunité beaucoup plus élevé, correspondant donc a une valeur de x plus grande, elles connaîtront une progression plus lente (comme c’est déjà le cas) et atteindront un taux de scolarisation inférieur à celui des garçons.

En Conclusion

Pour que les taux de scolarisation augmentent, mais aussi pour que le taux de scolarisation des filles augmente dans les mêmes proportions, il faut des stratégies innovatrices, porteuses et intégrées. Il faut une synergie des efforts consentis par tous les partenaires du système éducatif.

Le système éducatif et la communauté - que l’école est censée servir - constitue un ensemble et les interventions devraient se situer aussi bien du côté de l’offre que du côté de la demande en éducation.

Il faut mettre un accent bien particulier sur l’éducation des filles, sans craindre les discriminations positives, car des études ont prouvé que la plupart des initiatives pour améliorer l’éducation des filles profitent aussi bien aux garçons qu’aux filles. 

Il faut donc influer sur la demande en éducation par une action directe sur les communautés et par une offre d’éducation plus adéquate. Influer sur la demande nécessite la prise en compte effective des besoins et des problèmes des communautés.