EVOLUTION DES INDICATEURS DE BASE

La promotion de l’éducation des filles est depuis la Conférence de Jomtien3 en 1990 une des stratégies prioritaires au niveau mondial. En effet le taux de scolarisation des filles était et reste assez faible dans tous les pays en voie de développement alors que la scolarisation ou l’éducation des filles et des femmes est un facteur déterminant dans le développement.  Le Mali n’est pas en marge de ce processus de promotion de la scolarisation des filles, qui contribuerait à l’éducation pour tous (EPT) ou l’éducation primaire universelle (EPU). 

Nous analyserons donc quelques indicateurs de base du système éducatif et plus spécialement ceux du premier cycle de l’enseignement fondamental, en commençant par les taux de scolarisation.

Taux de scolarisation

Définition

On appelle taux brut de scolarisation le ratio ou le quotient de la population scolarisée, c’est-à-dire fréquentant l’école, par rapport à la population scolarisable, c’est-à-dire en âge d’aller à l’école, en l’occurrence entre 7 et 12 ans. Quant au taux net de scolarisation, c’est le quotient de la population scolarisée et ayant entre 7 et 12 ans par rapport à la population scolarisable.

.                      ▪           TBS : Taux brut de scolarisation =  Population scolarisée/Population scolarisable (7-12 ans)

.                      ▪           TNS : Taux net de scolarisation = Population scolarisée (7-12 ans)/Population scolarisable (7-12ans)

Tableau 1: Scolarisation des Filles (Dix Dernières Années)

Année

Taux brut de scolarisation

Taux net (7-12 ans) de scolarisation

scolaire

Filles

garçons

total

filles

garçons

total

1989/90

 18,90%

33,20%

26%

 15,40%

25,80%

20,70%

1990/91

 19,50%

34%

26,70%

 16,20%

27,30%

21,80%

1991/92

 21,40%

36,10%

28,80%

 17,30%

28,60%

23,00%

1992/93

 24,70%

40,80%

32,80%

 19,20%

30,20%

24,70%

1993/94

 27,90%

44,90%

36,40%

 21,90%

34,70%

28,30%

1994/95

 31,30%

46,90%

39,10%

 28,40%

39,59%

33,90%

1995/96

 33,40%

51,30%

42,30%

 26,20%

39,70%

32,90%

1996/97

 36,50%

57%

46,70%

 29,70%

46,60%

38,20%

1997/98

 40,30%

59,90%

50%

 32,60%

47,10%

39,90%

Conférence Mondiale de Jomtien, Thaïlande,  organisée du 5 au 9 mars 1990 par l’UNESCO, L’UNICEF, le PNUD et la Banque Mondiale sur l’éducation pour tous. Ces 4 institutions ont été rejointes par une douzaine de partenaires dont des gouvernements et des ONG.

Etude Rétrospective sur l’éducation des filles au Mali et Utilisation  du Modéle de Simulation pour la Gestion de l’Education

Année

Taux brut de scolarisation

Taux net (7-12 ans) de scolarisation

scolaire

Filles

garçons

total

filles

garçons

total

1998/99

46%

65%

55,60%

36,20%

50,60%

43,50%

1999/00

 50%

72%

60,89%

     

Ministère de l’Éducation CPS

Observation 1. En dix ans le taux de scolarisation des filles a plus que doublé 

En analysant le tableau ci-dessus et le graphe correspondant ci-après, on peut remarquer qu’en dix ans le taux de scolarisation des filles a plus que doublé, passant de 19% en 1990 à 50% en 2000. Ceci est dû principalement à la démocratisation de l’éducation, à l’engouement suscité par l’initiative mondaile l’EPT et à la promotion de la scolarisation des filles consécutive à la Conférence de Jomtien. Certains des principaux partenaires de ces efforts pour la scolarisation des filles sont le Gouvernement malien par l’intermédiaire du Ministère de l’Éducation (ME), l’USAID qui fournit un financement direct au gouvernement et une assistance technique et des PVO/ONG internationales et nationales qui financent des interventions sur le terrain, l’UNICEF et les Pays Bas. D’autres partenaires tels que la Banque Mondiale, la BAD,  l’UNESCO, pour ne citer que ceux-là n’ont pu être rencontrés à cause de contraintes de temps ou d’absence.

Graphe 2: Taux bruts de scolarisation au Mali, 1er cycle EF

Observation 2. Le système a-t-il progressé à la même allure en général ou seulement dans le cas des filles ?

On constate que le système a progressé en général à la même allure dans le cas des filles et celui des garçons ; il a même plus progressé chez les garçons, car l’écart se creuse entre le TBS filles et le TBS garçons comme le montre le tableau suivant; passant de 14 à 22 points. Tous les efforts pour promouvoir la scolarisation des filles semblent encore bénéficier aux garçons comme l’ont déjà montré plusieurs études.

Tableau 2: Evolution des TBS et des écarts au cours des dix années passées

Années scolaires

Taux brut de scolarisation

filles

garçons

Ecart

1989/90

 18,90%

33,20%

14,30

1990/91

 19,50%

34%

14,50

1991/92

 21,40%

36,10%

14,70

1992/93

 24,70%

40,80%

16,10

1993/94

 27,90%

44,90%

17

1994/95

 31,30%

46,90%

15,60

1995/96

 33,40%

51,30%

17,90

1996/97

 36,50%

57%

20,50

1997/98

 40,30%

59,90%

19,60

1998/99

46%

65%

19

1999/00

 50%

72%

22

Ministère de l’Éducation CPS

Observation 3. A-t-on atteint les 50% de TBS Filles sur toute l’étendue du territoire?

Nous ne constatons pas les mêmes progrès sur toute l’étendue du pays. Nous n’avons pas non plus atteint les 50% de TBS Filles sur toute l’étendue du territoire.  Kidal reste à un TBS filles de moins de 30% et constitue avec Mopti et Tombouctou les poches de faible taux de scolarisation. Il faut noter cependant les progrès extrêmement remarquables et encourageants accomplis dans les régions de Mopti et Tombouctou où les taux bruts de scolarisation des filles ont augmenté de plus de 12 points passant de 21,40% (Mopti), et 24,20% (Tombouctou) en 97/98 à  respectivement 37,10% et 39,40% en 1999/2000 comme l’indique le tableau suivant. 

Observation 4.  Pourquoi des TBS de plus de 100% et pourquoi cette régression à Bamako?

Bamako qui avait un TBS filles de 125%  en 97/98 est en effet passé à 107% en 99/2000, comme on peut l’observer sur le tableau qui suit. 

Tableau 3: Taux bruts de scolarisation par region

Régions

Taux brut en 1997/98

Taux brut en 1999/00

filles

garçons

écart

filles

garçons

Ecart

Kayes

33,20%

54,60%

21,40

45,10%

74,20%

29,10

Koulikoro

42,80%

69%

26,10

53,40%

85%

31,60

Sikasso

34,40%

57,70%

23,30

41,70%

65,20%

23,50

Ségou

32,10%

53,50%

21,40

42,60%

64,70%

22,10

Mopti

21,40%

32,20%

10,80

37,10%

54,10%

17

Tombouctou

 24,20%

33,70%

 9,50

39,40%

54,80%

15,40

Gao

30,10%

41,80%

11,70

42,50%

61,50%

19

Kidal

20,30%

33%

12,90

26,50%

38,80%

12,30

Bamako

125%

153,10%

28,10

107,70%

108,80%

1,10

Ensemble du Mali

40,30%

59,90%

19,60

50%

72%

22

Ministère de l’Éducation CPS

Un taux brut de scolarisation peut dépasser les 100% si l’effectif de la population scolarisée dépasse l’effectif de la population scolarisable.  Cette situation se retrouve lorsqu’il y a parmi la population scolarisée un nombre important d’enfants qui soit ont dépassé l’âge scolaire, soit n’ont pas atteint l’âge scolaire.  En situation idéale, le taux brut est équivalent au taux net car ne sont à l’école que les élèves en âge scolaire ; peu d’élèves redoublent et la plupart font une scolarité normale sans grand retard. Si à Bamako le taux brut tend vers les 100%, cela signifie probablement que les enfants ayant dépassé 12 ans sont moins nombreux au premier cycle de l’enseignement fondamental. Est-ce un regain de qualité du système au niveau de Bamako ? Une étude plus poussée sur les taux nets nous permettrait de le déterminer.   Nous pouvons conclure en disant que les disparités persistent en genre et par régions, bien que la scolarisation des filles ait progressé !

Taux de redoublement

Les taux de redoublement ont sensiblement baissé pour les premières années d’enseignement comme l’indique le tableau suivant :

Tableau 4: Taux de redoublement moyen (garçons et filles) au premier cycle EF 

Années scolaires

1e année

2e année

3e année

4e année

5e année

6e année

1990/91

30,4%

30,3%

38,9%

 34,3%

35,9%

34,8%

1994/95

 18%

16,8%

21,3%

 19,2%

20,7%

34,4%

1996/97

13,6%

13,2%

18,4%

 21,5%

26,5%

37,4%

Ministère de l’Éducation CPS

Observation 5. Les taux de redoublement sont sensiblement les mêmes chez les filles et les garçons, cependant les filles abandonnent plus que les garçons en 5e et bien plus en 6e année.

En général, ces taux sont toutefois encore élevés. Si on se réfère aux taux de redoublement et d’abandon de 96/97, sur 10 élèves entrant en 1ère année, 7 arrivent en 6e  année, après 5, 6 ou 7 ans (Indicateurs du Système Educatif du Mali 1998). Les filles abandonnent l’école à un taux plus élevé que les garçons pour plusieurs raisons qui incluent des pratiques religieuses et culturelles (tel que le marriage précoce, des problèmes de sûreté et de sécurité (écoles éloignées par exemple), la mauvaise qualité de l’enseignement et des procédés d’apprentissage , et un manque de fonds.  

Avec ces taux, le coût par élève ayant fini le premier cycle est très élevé ; il y a un gaspillage de ressources par le fait que trois élèves sur 10 occupent le système sans atteindre la 6e année. Par ailleurs ces taux n’encouragent vraiment pas les élèves et surtout les filles dont le coût d’opportunité est élevé pour les parents ; ces filles n’auraient pas acquis une éducation de base et n’auraient pas non plus été utiles dans leur communauté comme celles qui ne sont pas à l’école.

Les taux de redoublement et d’abandon doivent impérativement être réduits pour un impact direct et conséquent des investissements faits pour le renforcement du système éducatif.  Il est donc souhaitable et nécessaire qu’un effort supplémentaire soit fait sur la qualité de l’enseignement afin d’atteindre les objectifs de 95% de TBS filles et garçons en 2015.  Un taux brut de 95% ne dénote pas de la bonne qualité d’un système éducatif ; pour que l’on atteigne cette éducation primaire universelle, il faudrait que le TBS et le TNS se rejoignent et atteignent les 95%. Où en sommes-nous par rapport aux taux nets de scolarisation ?

 

Observation 6. Comme nous le voyons sur le graphe précédent, les taux nets de scolarisation sont aussi en progrès et la tendance est prometteuse ; cependant les niveaux actuels sont loin des objectifs de 2008 et 2015.

Considérons pour le moment les taux bruts. Les taux bruts de scolarisation des filles ont considérablement progressés et cela grâce à l’effort conjoint des partenaires du secteur de l’éducation. La concentration des efforts et assistances depuis les années 1992-1993 a amélioré les tendances. Le taux brut de scolarisation, tant celui des filles que celui des garçons a doublé depuis les années 1994. Ce taux de progression correspond graphiquement à la pente de la droite qui relit les points. La pente est douce de 1989 à 1991, ce qui signifie que le progrès est sensible mais lents. Plus la pente est raide, plus le taux de progression est élevé. On voit donc sur le graphe 1 et le graphe 2 qu’à partir de 1992, la pente augmente, l’impact des efforts étant donc plus grand et visible au niveau des taux de scolarisation.  En effet, depuis 1994 comme nous le verrons, les partenaires au développement ont contribué à renforcer techniquement et financièrement les efforts du Gouvernement. L’impact en a été remarquable. Quels types de programmes ont été mis en œuvre  ?